Karine Granger

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Karine Granger puise son inspiration dans ce monde onirique et secret que l’on construit depuis l’enfance et capture patiemment les traces laissées par d’autres dans des lieux désertés depuis longtemps. Sa déambulation dans un monde étrange et singulier, la Grand’Combe (Gard), ancien territoire minier, vu désormais comme le pays noir où le temps parfois semble s’être arrêté, nous ouvre les portes de l’imaginaire et de la réminiscence d’un monde éthéré… alors le présent redéploie ses ailes …dans sa série Des ailes du feu des murmures

À ce pays qui me réveille…
Le frémissement des feuilles fait pâlir
Le vent mature de ta chair
Les pas des hommes raisonnent
Du gouffre, les convois de feu chauffent les crânes
Les cendres sur la peau
Ils marchent dans leur voix
Les cris pendus aux gorges
Je bondirai des cailloux immobiles
Et dans la benne encore chaude
Les poussières lècheront ton sol
Puissent les fleurs pousser
Pour que nos langues et nos bouches
Se mêlent et s’entremêlent à l’infini
Poussières d’étoiles, là où les ailes poussent, le feu murmure encore …

“Il y a des lieux qui ont une puissance de caractère, une puissance de vie parce qu’ils ont vécus. Ils sont les fossiles oubliés d’un désir permanent de vie qui invite l’étrange à venir…
Ce travail photographique est issu d’une balade poétique autour de la ville de La Grand’Combe (Gard) sur une année avec Marceline Ribouillault, danseuse et trapéziste. Les traces laissées par d’autres dans les lieux traversés, les mots qui raisonnent et racontent, les voix, les rencontres ont été autant de support pour réveiller et accueillir l’émotion prête à surgir… nourrir l’imaginaire…inscrire le réel…
Quand un pays se fige dans son histoire, quand malgré lui, il se recouvre d’autres promesses, alors le présent déploie ses ailes…
Ce pays a été florissant un jour, de travail, de mouvement, de grèves et d’engagements. Un jour, il s’est s’arrêté et la parole s’est teintée peu à peu d’une certaine mélancolie sourde et muette mais dont la puissance verbale tire encore un trait sur la richesse à y vivre. Un pays en deuil pourrait-on dire…Quand la mort à un moment prend le pas sur la vie dont on voudrait tirer l’envol et dont la résonnance des corps sur les lieux va puiser toute son énergie pour s’abîmer, vivre et renaître”,
nous confie-t-elle quand on évoque sa série Des ailes du feu des murmures …

Karine Granger

 

BIOGRAPHIE

Après une formation artistique en photographie à l’Ecole Supérieure des Arts de l’image le « 75 », à Bruxelles, j’ai rejoint le sud de la France et particulièrement les Cévennes où je poursuis actuellement mon travail artistique.

Formée au reportage, la photographie reste pour moi un lien essentiel au monde. C’est dans la relation que les hommes et les femmes établissent entre les lieux, un espace particulier, un territoire, des objets du quotidien que je fixe mes images. Le point de départ de mon travail photographique part avant tout d’un désir de rencontre. Je déambule, je collecte, j’écoute, je photographie. Je me laisse guider par la curiosité et la première rencontre émotionnelle. Je donne plus à voir les traces d’une impression ressentie ou d’une sensation traversée. La photographie est pour moi un acte ancré dans l’obsession permanente du temps. Passé, présent qui le traverse, mémoire des lieux, des gens …ce qui du passé reste encore  à nous nourrir… ce qui fait le présent, mais qui n’est déjà plus… et tout ce qui me permet l’illusion de l’avenir. Je rassemble ensuite les images en constituant des séries narratives laissant le spectateur à sa propre émotion, un pas ouvert dans l’imaginaire.

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